Collectifs enseignants

Un des ateliers du Grenelle de l’éducation porte sur la question des collectifs enseignants. Derrière cette dénomination se cachent deux réalités bien distinctes. D’une part, l’injonction institutionnelle qui considère que le professeur ne peut travailler seul et que sa pratique doit forcément s’inscrire dans une logique de sphères institutionnellement légitimées. D’autre part, des pratiques qui se développent en dehors de l’Institution qui prennent des formes très variées mais dont les principes fondamentaux sont l’échange et la mutualisation.

La volonté de faire travailler les enseignants ensemble peut paraître légitime et louable mais, pour qui connaît un peu la réalité du métier d’enseignant, c’est un métier avant tout solitaire ; le professeur est seul devant ses élèves (et souvent bien seul). Beaucoup souffrent de cette solitude face aux difficultés et aux échecs. Hélas, elle ne s’arrête pas à la salle de classe, elle se prolonge par delà cet espace. Il est mal vu, dans une salle des professeurs, de se dire en difficulté ou de s’avouer en échec et, logiquement, il est difficile de demander de l’aide.

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Photo par Ave Calvar sur Unsplash

L’existence de collectifs ne peut donc se développer qu’en amont ou en aval du cours. En amont, le travail collectif porte le plus souvent sur la préparation du cours, Internet et les réseaux sociaux ont ouvert de vastes possibilités d’échanges et de mutualisation dont les professeurs se sont emparés, soit de façon organisée, par le biais d’associations, soit de façon plus empirique par des groupes Facebook. Mais, dans tous les cas, ces collectifs fonctionnent en dehors de l’Éducation Nationale et sont souvent ignorés par celle-ci. Cette situation témoigne du manque de confiance des professeurs envers leur institution, et plus particulièrement dans sa capacité à former les personnels et à leur être utile pédagogiquement.

En aval du cours, l’existence des collectifs professionnels n’a de sens que dans une logique d’analyse de pratiques ou de retour d’expérience. Or, ces dispositifs extrêmement efficaces dans d’autres professions, ne sont jamais mis en œuvre dans l’Éducation Nationale car vécus comme un moyen de contrôle et de jugement dans un milieu professionnel dominé par une certaine culture de silence.

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Photo par Mariah Hewines sur Unsplash

C’est donc une réorientation profonde qu’il faut porter au sein de l’Éducation Nationale pour tirer pleinement partie de la force des collectifs enseignants. Le collectif doit être vécu comme une opportunité et non une obligation. Il faut laisser au professeur le libre choix de son mode de fonctionnement. Un professeur doit pouvoir travailler seul s’il le souhaite du moment que son travail est bien fait. La dimension collective n’est ni gage de qualité, ni gage d’efficacité ! Si l’on souhaite véritablement impulser une dimension collective au métier, il faut libérer du temps pour que les professeurs soient ensemble. Ce temps ne doit pas être un temps de contrôle hiérarchique mais un temps laissé à l’initiative des équipes enseignantes sans que soit imposé des ateliers, des groupes de réflexions ou toute autre d’organisations creuses. Il serait, ainsi, souhaitable de rendre obligatoire, pour tous les professeurs, dans tous les établissements, une demi-journée par mois sans élève. Demi-journée durant laquelle les enseignants ont l’obligation d’être présent dans l’établissement. Libre à eux de s’organiser pour travailler en groupe ou individuellement. Il est important que ces temps dédiés au collectif fonctionnent uniquement entre pairs et sans obligations de résultats.

Il serait également profitable de prendre en compte la participation à des démarches collectives non institutionnelles dans l’évolution des carrières. Certains collègues jouent un rôle majeur dans l’animation d’espace de mutualisation, dans le développement d’associations qui favorisent les échanges entre pairs, dans la veille à destination des collègues. Tout ce temps passé bénévolement au service des autres est ignoré dans le déroulé des carrières ; il doit être pris en compte dans l’évaluation et l’expertise professionnel.

Le dernier aspect repose sur la formation. Il faut en premier lieu développer une véritable culture du retour d’expérience dès la formation initiale. Mais pour que celle-ci soit efficace, elle ne doit pas se faire dans une logique d’évaluation sanction par des formateurs qui ne sont pas au contact de l’établissement et des élèves du professeur stagiaire. Cette logique de retour d’expérience doit se faire dans le cadre d’un monitorat entre pairs au sein d’un même établissement comme nous l’avons déjà préconisé dans les tribunes entrer dans le métier et une fin de carrière en douceur.

Thomas REYSER

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