Écriture inclusive – aggraver les inégalités au nom de la lutte contre les inégalités

Le ministre vient d’annoncer l’interdiction de l’écriture inclusive dans l’Éducation Nationale. C’est une sage décision qui s’inscrit dans la continuité de la décision prise par le Premier Ministre, Édouard Philippe en 2017, d’interdire cette pratique dans le cadre des textes officiels. Certes des voix s’élèvent de façon plus ou moins virulentes. D’autres, plus subtilement, tentent de démontrer que cette décision n’aura aucun effet, prétextant que seul l’usage sera l’arbitre de ce débat 1. En d’autres termes, il faut laisser une chance à cette pratique quel qu’en soit les effets. Le raisonnement est étrange quand on connaît le poids de l’administration et sa capacité normative dans notre pays.

Autre argument évoqué par les tenants de l’écriture inclusive : cette pratique n’a aucun effet sur les apprentissages. Aucune étude ne peut infirmer ou confirmer ce propos ; mais nous connaissons nos élèves. Beaucoup sont en difficultés, voir en très grande difficulté avec la maîtrise de la langue, y compris au Lycée. Bien souvent la conjugaison est hasardeuse ; les accords sont problématiques ; la syntaxe est aléatoire. Ces élèves souffrent de la baisse du nombre d’heures consacré à l’enseignement du français et d’un renoncement à toutes exigences d’une maîtrise convenable de la langue. Imposer à ces élèves une telle contrainte, c’est augmenter encore les difficultés auxquelles ils sont confrontés. C’est une nouvelle fois pénaliser les élèves les plus fragiles : ceux qui cumulent le plus de difficultés. Car nul doute que dans les quartiers où résident les tenants de cette pratique, les enfants maîtriseront cette contrainte qui dissocie définitivement langue écrite et langue parlée. Et dans quelques années, les mêmes viendront se plaindre que les inégalités sociales se sont encore aggravées dans notre pays. Cette pratique a tout d’une volonté discriminatoire d’un petit groupe qui souhaite maintenir son entre-soi, en créant des pratiques culturelles et sociales que la masse ne maîtrisera pas.

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Photo par Art Lasovsky sur Unsplash

Enfin, soyons un peu sérieux si l’usage du genre dans la langue était la source du problème de l’inégalité entre les sexes alors les langues dénuées de genre comme le turc, le hongrois ou le chinois classique, seraient révélatrices de société dans lesquelles les discriminations sexistes n’existent pas.

Refuser l’écriture inclusive, ce n’est pas nier les inégalités de genre ; elles existent et elles sont intolérables. Les combattre ne relèvent pas de faux semblants. Cela commence d’abord par l’éducation des garçons et par une réelle sensibilisation des familles aux questions d’égalités. Cela passe également par un énorme travail d’orientation ; là où les filles ont tendance à se poser des limites, les garçons ne se posent pas ce genre de questions. Ce travail, c’est le travail que nous, enseignants, devons mener sans oublier que le meilleur gage de l’égalité c’est l’exigence et l’excellence. Enfin, la lutte contre les inégalités de genre ne peut se faire qu’en ayant le courage, à tous les niveaux, de faire respecter les lois de la République, quel que soit le lieu, quelle que soit la communauté.

Je ne peux que souscrire à la décision de notre ministre mais je crains qu’elle ne soit de peu d’effets tant les décisions ministérielles peinent à s’appliquer sur le terrain.

Thomas REYSER

  1. https://www.francetvinfo.fr/societe/education/interdiction-de-l-ecriture-inclusive-a-l-ecole-c-est-voue-a-l-echec-selon-une-linguiste_4614999.html

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