Entrer dans le Métier

Une proposition pour le Secondaire

Depuis plusieurs années, les réformes de la formation des enseignants s’enchaînent ; les INSPE ont succédé aux ESPE qui ont eux-mêmes succédé aux IUFM. Les sigles changent, les personnes, les idéologies et les pratiques perdurent. Et pourtant, la qualité de la formation des enseignants reste toujours autant décriée et concentre des critiques récurrentes :

  • La qualité des contenus de formations. Chaque année, des témoignages sont diffusés sur les réseaux sociaux ; ils relatent relatant des formations ineptes qui s’apparentent parfois à des rituels initiatiques.
  • Des formations qui ne préparent pas à la réalité de la classe. Nous avons tous rencontrés, dans nos établissements, de jeunes collègues stagiaires ou néo-titulaires complètement déboussolés par la réalité qu’ils découvrent et leur impréparation face aux difficultés du quotidien. Cette situation a pris de telles proportions que, le 3 décembre 2019, Angel Gurria rappelait, lors de sa présentation des résultats PISA que « Les enseignants en France devraient être mieux préparés aux défis qui les attendent. La France est l’un des pays de l’OCDE où les élèves se sentent le moins soutenu par leurs enseignants. C’est très préoccupant. De même, la France est l’un des pays de l’OCDE où les élèves se plaignent le plus du temps perdu en classe, du fait de problème de disciplines »1.
  • L’infantilisation (réelle ou ressentie) des stagiaires, et plus généralement des enseignants lors de n’importe quelle formation.
  • La transmission d’une doxa non éprouvée. Depuis des années, les méthodes transmises relèvent souvent de choix idéologiques plus que de choix reposant sur des bases scientifiques solides. Il est très surprenant de voir à quel point les données de la recherche internationale sont ignorées, et parfois méprisées quand elles remettent en cause quelques certitudes franco-fraçaises.

Malgré ces critiques, malgré la faiblesse de la formation pédagogique des enseignants (Cf PISA 2018), les formations initiales ne sont jamais questionnées et encore moins remises en cause. Ces formations sont devenues des forteresses universitaires, hors de tout réel pilotage de l’éducation nationale. Il est désormais urgent que l’Éducation Nationale assume réellement sa capacité à former les personnels, aussi bien en formation initiale qu’en formation continue. L’enquête PISA 2018 a montré sur ce dernier point les carences du système éducatif français.

Pour reconstruire ces dispositifs de formation, il faut repartir de constats simples :

  • Un enseignant est un spécialiste de sa discipline. Son expertise repose sur sa compétence disciplinaire.
  • L’expérience est souvent gage de qualité. L’acte d’enseigner s’apprend dans la classe et non dans un amphithéâtre.
  • L’innovation n’est pas une fin en soi. Ce n’est pas parce qu’une pratique existe depuis des années qu’elle est mauvaise.

Il semble difficile de redonner à l’école de la République sa pleine mesure sans repenser la formation, en prenant modèle sur des exemples éprouvés et dont l’excellence est reconnue au niveau international. Malgré les difficultés de l’hôpital public, la formation des médecins en France est une des meilleures au monde. Cette formation repose notamment sur l’internat qui permet au futur praticien d’entrer progressivement dans le métier sous la conduite d’un aîné dont les compétences sont reconnues. Les formations militaires françaises sont également réputées au niveau international pour leur excellence et leur capacité à rendre opérationnel les personnels formés. Loin des clichés et des stéréotypes véhiculées par certains enseignants sur le monde militaire, les formations militaires mélangent habilement, les temps de formations collectifs et les temps individualisés dans lesquels l’analyse de pratiques et le retour d’expérience, par des personnes plus aguerries, occupe une place importante.

Il est également surprenant que nous soyons dans une double logique de certification académique. L’excellence académique délivrée par les Universités ne suppose pas de revérifier le niveau d’un futur professeur par un concours, à moins de considérer ses titres universitaires sans valeurs. Une licence ou un master suffisent à valider un niveau d’études ; nul besoin d’une double validation par un CAPES ou une Agrégation. Ces concours monopolisent des moyens considérables et ne sont en aucun cas un gage de garantie d’excellence pédagogique. D’autre part, ils n’assurent plus l’égalité entre les candidats, tant les disparités de résultats sont importantes entre les disciplines et en fonction de l’origine géographique1.

Dès lors, pourquoi ne pas envisager des modifications du recrutement des professeurs :

  • Le recrutement des futurs professeurs de l’Éducation Nationale à partir de BAC +3 avec au minimum une mention Assez Bien en Licence
  • Le statut de ces futurs professeurs est celui d’un praticien en formation. A ce titre, il est intégré à l’Éducation Nationale pour la durée de sa formation. Cela lui ouvre droit à rémunération et à protection sociale.
  • La durée de la formation est de 3 ans, décomposée en 2 années de formation et une année de validation. Les deux années de formation sont des années diplômantes qui fonctionnent sur le principe de l’alternance. Elles permettent au futur professeur de prendre progressivement en charge des élèves dans différentes configurations pédagogiques.
  • La formation se fait sous la conduite d’un professeur expérimenté, désigné conjointement par les corps d’inspection et le Chef d’établissement. Ce professeur senior est responsable de la formation pédagogique du futur professeur. Il doit veiller à lui transmettre son expérience dans la conduite de groupes. L’enquête PISA de 2018 attiré l’attention à plusieurs reprises sur cet enjeu : « la formation laisse peu de place aux autres aspects professionnels – notamment à la gestion de classe et au suivi individualisé des élèves »1.
  • Durant les deux années de formation, le futur professeur parachève sa formation disciplinaire en université. Celle-ci s’articule autour de deux axes : l’initiation à la recherche et la didactique. Les formations universitaires doivent être regroupées sur l’année en une ou deux périodes afin que le futur professeur passe le plus de temps possible en établissement
  • Durant la première année de formation, le futur professeur prend en charge principalement des dispositifs de remédiation et d’accompagnement des élèves (devoirs faits, remédiation, aide sur des besoins particuliers).
  • Durant la deuxième année, le futur professeur prend en charge des groupes classes qu’il partage avec son tuteur, en plus de la participation aux dispositifs de remédiation et d’accompagnement. Durant cette année, le futur professeur doit également être confronté à la prise en charge d’élèves en situation de handicap.
  • Durant ces deux années de formation, le futur professeur entreprend des stages d’observations dans les autres structures scolaires du bassin dans lequel il exerce (Maternelle, Primaire, Lycée, Lycée Pro ou CFA).
  • La dernière année de la formation est l’année de titularisation (ou non). Durant cette année, le futur professeur effectue un service complet en établissement, accompagné par son tuteur. La validation relève des corps d’inspection.

En poussant la logique un peu plus loin, pourquoi ne pas imaginer que la formation des futurs professeurs de l’Éducation Nationale soit assurée par des enseignants en fin de carrière ? Ne serait-il pas judicieux, qu’un enseignant à qui il reste 3 ans à faire partage ses classes avec un futur enseignant et lui passe ainsi progressivement la main ? Un tel dispositif permettrait à la fois une entrée plus sereine dans le métier et une fin de carrière plus gratifiante. Un tel dispositif permettrait également que des années d’expérience ne se volatilisent pas du fait d’un départ à la retraite. Certains opposeront, bien évidemment, le coût d’une telle mesure ; la suppression des INSPE compenserait largement ce surcoût.

Thomas REYSER


1http://www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral/resultats-de-lenquete-test-pisa-2018-france-decembre-2019.htm

1Pour les résultats par disciplines, voir https://www.devenirenseignant.gouv.fr/cid118188/donnees-statistiques-agregation-2017.html

1http://www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral/resultats-de-lenquete-test-pisa-2018-france-decembre-2019.htm

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1 réponse

  1. janvier 6, 2021

    […] pairs au sein d’un même établissement comme nous l’avons déjà préconisé dans les tribunes entrer dans le métier et une fin de carrière en […]

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