Et après…?

Alors que débute une nouvelle période de fermeture des établissements scolaires, il est utile de se replonger dans un passé pas si lointain : la fin de l’année scolaire 2020. Durant ce fameux mois de juin que nous peinons tant à reconquérir, l’école errait comme une âme en peine n’arrivant que difficilement à trouver sa place, dans un période traditionnellement dévolue aux examens. La nature ayant horreur du vide et les mauvaises habitudes ayant la vie dure, des réunions sans utilité eurent lieu.

Il aurait fallu consacrer ce temps, si précieux, à une véritable analyse de l’enseignement en situation de confinement ; ce que les militaires appellent le Retour d’expérience (RetEx ou Lessons Learned). C’est à dire, partir de l’expérience de terrain pour en tirer les leçons nécessaires et ainsi adapter la future stratégie de l’éducation nationale, tant sur le plan de la doctrine (notre mission), que des moyens et des acteurs (notamment la chaîne hiérarchique). Les différentes armées modernes ont pleinement intégré cette dimension qui donne une forte agilité et réactivité à ces institutions1.

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Photo par Markus Spiske sur Unsplash

Hélas, le fonctionnement de l’Éducation Nationale exclut toute démarche de ce type. Les discussions ont été monopolisées par certains acteurs prompts à s’auto-congratuler pour masquer leur absence durant les premières semaines et leur impréparation. Très vite sont venues s’ajouter à ce concert des revendications démagogiques en vue de la rentrée. Nous avons pu assister à un véritable concourt Lépine dont le lauréat fut sans nulle doute la proposition de recruter, sur l’exemple italien, massivement des enseignants en urgence. On souhaiterait tuer le métier d’enseignant que l’on ne s’y prendrait pas autrement ; les militants qui ont lancé cette idée partent du principe que l’on forme un professeur en un claquement de doigt, en recrutant le premier venu.

Aujourd’hui, rien ne nous oblige à répéter les erreurs de l’année 2020. Nous avons tout loisir, même si la période est compliquée, d’anticiper la fin de l’année et de la rendre véritablement utile pour préparer l’avenir. Il faut que le mois de juin soit consacré à un véritable retour d’expérience qui associe les différents acteurs, ce qui inclut les parents et les élèves. Ce retour d’expérience doit être multi vectoriel. Il ne peut se limiter à une prise de parole syndicale : tant certains d’entre eux sont engagés dans une lutte politique contre le ministre, lutte qui se fait au détriment des actions locales et des enjeux quotidiens de notre métier. Elle ne peut non plus se limiter à un retour par la voie hiérarchique : tant la confiance envers les différents acteurs est rompue au sein de l’institution. Enfin ce retour d’expérience ne peut exclure les acteurs centraux de la vie pédagogique que sont les associations professionnelles et les collectifs constitués sur les réseaux sociaux.

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Photo par Shelagh Murphy sur Unsplash

Pour que ces débats soient efficaces, il faut également changer de logique au niveau du corps professoral. Nous ne pouvons progresser et faire bouger les choses en partant systématiquement de ce qui ne va pas et en adoptant une posture victimaire. Nous devons être fiers de nos réussites, et partir de celles-ci pour voir comment nous pouvons encore aller plus loin. Dans une telle logique, beaucoup de dysfonctionnements liés à la lourdeur administrative disparaîtront d’eux mêmes. Nous devons également être lucide dans nos discours, et sur le comportement de certains d’entre nous, si nous souhaitons mettre fin à l’infantilisation hiérarchique. Si nous voulons être exigeant avec notre encadrement et certains acteurs de l’éducation (DANE, CANOPE, CNED, …), nous devons d’abord l’être avec nous mêmes.

Il y a fort à parier que cela n’adviendra pas ; qu’aucun retour d’expérience n’aura lieu au niveau institutionnel. Trop d’acteurs auraient à y perdre. Pour autant, rien ne nous empêche en tant que fonctionnaires responsables d’organiser, nous mêmes, un retour d’expérience sincère, c’est à dire qui ne se fasse pas dans une logique politicienne ou de règlement de comptes. Au contraire, il serait tout à notre honneur de proposer une analyse honnête, lucide et dont la seule logique soit d’améliorer notre institution.

Th.Reyser

  1. D.Lobry, L’importance du retour d’expèrience, https://www.defnat.com/pdf/Lobry%20-%20Retex%20T%20868.pdf

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