Réduire les inégalités ne se fait pas en bradant l’enseignement

Il y a quelques années, une ministre de l’éducation nationale suggérait que si les élèves français étaient en échec à l’école c’est parce qu’ils s’y ennuyaient, affichant ainsi sa volonté de transformer l’Institution en une vaste garderie à visée récréative. Cette prise de position ne fut que l’aboutissement d’un long processus de dévalorisation du savoir à la fois sur la forme (compétences) et sur le fond (connaissances) qui fut la seule réponse à la massification de l’école. Plutôt que d’amener le plus grand nombre vers un haut niveau, le choix fut celui de la facilité : ce fut le choix du renoncement. Ce fut un choix facile, simpliste, démagogique et funeste. Un chiffre illustre cette évolution : entre les années 90 et aujourd’hui, le nombre de mentions Très bien au baccalauréat a été multiplié par 13. Aucun de nous n’a constaté que nos bacheliers étaient 13 fois plus performants que leurs devanciers.

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Photo par Tyler Callahan sur Unsplash

Les premiers à payer le prix de ce délabrement sont nos élèves les plus défavorisés dont les familles ne peuvent compenser le manque de capital culturel que l’école ne délivre plus. Pourquoi se plaindre à longueur de temps du manque de mixité sociale dans les grandes écoles et dans les formations prestigieuses si l’on n’ose regarder la réalité en face ? Il n’y a pas pire insulte à l’intelligence et pire mépris que celui qui consiste à réserver des places pour les étudiants défavorisés ; la discrimination positive est un mépris de classe sans précédent. C’est le retour des dames patronnesses qui donnent quelque aumône aux pauvres. Ces quelques miettes sont prises évidemment sur le dos des classes moyennes et non de l’élite. Cette discrimination positive ne réduit pas les inégalités ; elle les consolide. Cette discrimination positive, c’est la négation du principe de méritocratie républicaine. C’est à dire la négation du principe qui veut que tout enfant de France est une chance de réussir grâce à l’école.

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Photo par Green Chameleon sur Unsplash

Pour que cette méritocratie vive, il faut une condition : que l’enseignement permette à chacun d’atteindre le maximum de ses capacités quelque soit sont lieu de résidence. Cela suppose d’être capable de délivrer un enseignement exigeant et de haut niveau partout et non de s’aligner systématiquement sur le niveau le plus bas. Un enseignement médiocre sera toujours compensé par les familles dotées d’un capital financier et/ou culturel. Un enseignement exigeant et de haut niveau permet à ceux dépourvu de capital de s’émanciper de leur condition.

Nous sommes ceux qui fixons le niveau d’exigence de nos cours. Certes, parfois, nous sommes soumis à des injonctions qui confondent bienveillance et renoncement. Certes, nous devons faire face à des consignes de corrections, lors des examens, qui privilégient la complaisance plutôt que la rigueur intellectuelle. Mais, au quotidien, face à nos élèves, nous sommes les seuls responsables du niveau d’exigence. Libre à nous d’accepter une copie avec une faute par mot ou de la faire réécrire, éventuellement en accompagnant les élèves (ce dernier point constituerait une utilisation beaucoup plus pertinente des heures de soutien que l’usage actuel qui en est fait). Libre à nous de ne pas nous plier aux demandes de sur-notation, notre statut de fonctionnaire nous permet de résister à ces pressions. De tout cela dépend la considération que nous souhaitons apporter à la jeune génération. L’exigence académique et la rigueur intellectuelle sont ce que nous avons de plus noble à leur transmettre. Nous pouvons le faire ou nous pouvons nous contenter de jeter sur eux un regard méprisant, en considérant que cette génération est moins capable que la nôtre au même âge. Nous pouvons également faire preuve d’honnêteté en leur faisant prendre conscience de la réalité de leur niveau scolaire et en cessant de les bercer d’illusions ; charge à nous de les amener au niveau où ils devraient être.

Si la réforme du lycée présente un bon nombre d’imperfections, elle a le mérite de donner une possibilité de rehausser le niveau d’exigences attendu pour nos élèves. Les enseignements de spécialité permettent de renouer avec un niveau d’enseignement digne d’une fin de lycée et constituent une véritable propédeutique à l’enseignement supérieur.

Th.Reyser

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