Repenser l’organisation territoriale ou comment tirer les leçons du 1er confinement

Nous avons tellement pris l’habitude de nous lamenter et de nous morfondre que nous sommes incapables de voir nos réussites. Il y a un peu plus d’un an, le président de la République annonçait un confinement général qui entraînait la fermeture des écoles. Dans la foulée le ministre exposait le principe sur lequel devait reposer le fonctionnement de l’école : la continuité pédagogique. En quelques jours, la très grande majorité des professeurs et les établissements ont relevé le défi et, malgré des difficultés techniques, au bout d’une semaine, la plupart des élèves pouvait bénéficier de cours à distance. Face à une situation de crise, nous avons su relever le défi et accomplir notre mission au service des citoyens. On peut par contre s’interroger sur le rôle de certains acteurs de l’école qui ont brillé par leur absence durant les premières semaines du confinement et qui ont ainsi fait la démonstration de leur caractère non essentiel.

Alors quelles leçons en tirer ? En premier lieu, nous avons répondu à la demande du politique en nous passant de la plupart des structures intermédiaires situées entre le ministère et les établissements. Deuxièmement, les équipes ont su faire preuve, pour la plupart, d’une réactivité et d’une adaptabilité remarquable. Troisièmement, après la crise aucun retour d’expérience entre le terrain et l’encadrement n’a eu lieu. Ce dernier point aurait du être essentiel ; il aurait permis de questionner l’existence de certaines structures et de certains acteurs de l’Institution.

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Photo par Tyler Callahan sur Unsplash

Fort de ce constat, pourquoi ne pas poser la question de la réorganisation territoriale de l’éducation nationale ? Pourquoi ne pas envisager une organisation plus simple, plus agile et plus proche des réalités territoriales ? Pourquoi ne pas tirer pleinement partie des évolutions numériques pour repenser le pilotage et la gestion nationale au sein de notre institution ?

Il serait enfin souhaitable d’avoir une gestion du système éducatif à taille humaine structurée autour de la scolarité obligatoire de l’élève. Nous proposons d’adopter comme échelon de base du système éducatif, non plus l’établissement mais le réseau d’établissements qui aboutit au lycée de secteur. Sous l’autorité du proviseur du lycée de secteur seraient réunis les collèges, les écoles primaires et maternelles, ainsi que les structures relevant de l’enseignement professionnel. A cela s’ajouteraient les services administratifs relevant de la gestion de ce réseau d’établissements. Cette circonscription éducative serait le cadre de la gestion des ressources humaines, de la formation continue et éventuellement de la formation initiale ; permettant ainsi de mettre en œuvre une réelle gestion de proximité des personnels. Cela suppose d’allouer les moyens, non plus aux établissements, mais à la circonscription éducative. Il faut également envisager cet échelon comme un cadre de mobilité possible pour les personnels, sans passer par une lourde procédure ; faciliter le passage d’un établissement à un autre au sein de cette circonscription permettrait de pouvoir changer de lieu d’exercice sans pour autant être forcé de changer de cadre de vie. Enfin, cela permettrait de penser de réelles synergies entre les enseignants intervenants lors des différentes étapes du parcours scolaire de l’élève.

Cette circonscription éducative offrirait la possibilité de penser le projet éducatif de l’élève de façon globale, sur l’ensemble de la scolarité, et en répondant aux spécificités territoriales. La scolarité ne serait plus envisagée comme une succession de ruptures mais comme une continuité allant de la maternelle à la classe de Terminale. Ce cadre permettrait, également, de penser les politiques de remédiation et d’accompagnement sur la longue durée et de construire de réelles passerelles entre l’enseignement général et l’enseignement professionnel.

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Photo par Shelagh Murphy sur Unsplash

Il est bien évident qu’un tel projet est utopique tant il remet en cause des situations établies. Il impliquerait de supprimer un ensemble de structures dont on peine parfois à voir l’utilité, mais qui sont autant de lieux de petits pouvoirs. Pour autant, c’est bien à la veille d’une campagne présidentielle qu’il faut porter ce genre de propositions afin d’alimenter la débat sur le fond.

Thomas REYSER

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