Un souhait : bénéficier de réelles ressources numériques pour les enseignants

Durant les vingt dernières années, notre métier a profondément changé, en partie sous l’influence du numérique. Les plans se sont succédé et nous sommes passés progressivement de l’ère des artisans-explorateurs à celle du numérique institutionnalisé.

Les premiers pas furent ceux de passionnés qui défrichèrent de nombreux terrains éducatifs. Des initiatives sont nées et se se sont développées à l’échelle locale répondant à des besoins précis et explorant de nouvelles potentialités : la mise en place des premiers réseaux, les blogs, les plates-formes d’échanges et de mutualisation, … . Puis vint l’heure des politiques. Le numérique devenait un argument électoral pour donner l’impression d’avoir compris les enjeux du XXIè siècle. Le temps des premières aberrations était arrivé : commandes de matériels inadaptés, choix hors de prix, personnels non formés, … . Le plan numérique de 2015 en fut la parfaite illustration ; les établissements bénéficiant du dispositif étaient ceux qui étaient déjà les mieux dotés et les établissements sous-équipés furent oubliés. Les dernières années ont été marquées par la rationalisation administrative. Si un effort d’organisation et de structuration était sans doute nécessaire, celui-ci a eu pour effet de faire disparaître les initiatives locales et les véritables innovations au profit d’effets de modes que tous doivent adopter.

Au milieu de ces évolutions, une question demeure souvent marginale : l’accès aux ressources. Le développement du numérique a permis des échanges importants, entre professeurs, de séquences, de conseils, de ressources documentaires. Les enseignants ont ainsi développés de nombreux réseaux de sociabilité en dehors de l’institution. Les cours, les conseils, les idées nouvelles circulent sur des sites (dont certains sont devenus de réelles institutions au sens le plus noble du terme), des forums et surtout sur les réseaux sociaux. Ces nouvelles sociabilités se développent en dehors de tout contrôle hiérarchique, témoignant ainsi d’un manque de confiance entre les acteurs institutionnels. Mais, cela ne peut suffire. En tant qu’intellectuel, l’enseignant a besoin de matière première pour se former, compléter ses connaissances et trouver de nouvelles pistes de réflexions. Or, les deux confinements ont rendu difficile l’accès à ses ressources fondamentales. Il est impossible d’aller en bibliothèque consulter les grandes collections d’ouvrages pour compléter un cours, vérifier un document ou construire une séquence. Les ressources des établissements scolaires sont rarement suffisantes pour répondre à nos besoins et nos ressources financières sont loin d’être extensibles. Pour travailler, un professeur a besoin d’ouvrages, de dictionnaires, de manuels, de revues et de journaux. Cela constitue la source à laquelle je puise ma matière première.

Je formule donc un souhait simple celui que l’Éducation Nationale passe des contrats avec les grandes maisons d’édition pour donner accès aux principales collections de références, à tous les professeurs. Rien ne me rendrait plus service dans la préparation de mes cours que de pouvoir m’appuyer sur le catalogue des grandes maisons d’édition, ou d’avoir accès à la plateforme Cairn. J’ai besoin de pouvoir consulter régulièrement les grands quotidiens français or, mon traitement ne me permet pas ce luxe.

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Bien évidemment, un tel effort a un coût mais permettre aux enseignants de s’appuyer sur la connaissance, c’est permettre à nos élèves de réussir. Bien évidemment, un tel effort est une ambition : redonner au savoir toute sa place dans notre école. L’illusion que tout se trouve en ligne et que tout est accessible ne conduit qu’au développement d’un relativisme permanent qui fragilise les enseignants en tant qu’autorité intellectuelle. Si wikipedia et youtube sont des outils pratiques, ils ne peuvent constituer le socle de nos cours.

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