Valoriser le doctorat – une proposition dans le cadre du Grenelle de l’éducation

A l’heure où l’on parle de la mobilité, de la reconnaissance et de l’écoute des enseignants, la réalité sur le terrain est toute autre. J’espère que ce grenelle aboutira à une évolution profonde du système éducatif et des métiers des personnels de l’Éducation Nationale. A travers ma situation professionnelle et d’autres situations identiques de certains collègues, le lecteur pourrait avoir quelques idées et en dégager des pistes afin d’améliorer notre système éducatif aussi bien dans l’enseignement secondaire que dans l’enseignement supérieur.

Je suis enseignant du second degré dans un collège depuis 1993. Je suis titulaire d’un doctorat, d’un diplôme d’ingénieur et d’un Master M2 recherche. Au bout de 20 ans de carrière dans l’enseignement au collège, j’ai senti l’usure, la lassitude liées à la routine du métier et l’évaporation progressive de mes connaissances scientifiques. Pour ne pas enseigner toujours les mêmes niveaux, rester fixé sur les mêmes pratiques pédagogiques et contenus d’enseignement,
j’ai voulu évoluer vers l’enseignement supérieur. Après avoir publié plusieurs articles, revues internationales et ouvrages, j’ai obtenu deux qualifications aux fonctions de maître de conférences par le Conseil National des Universités (CNU) : Section CNU 60 (Mécanique, génie mécanique, génie civil) et section CNU 61 (Génie informatique, automatique et traitement du signal).

Dans l’enseignement supérieur, je suis intervenu en tant que vacataire dans plusieurs établissements de l’enseignement supérieur. J’ai enseigné plus que 700 heures (HETD) en premier et second cycle universitaire auprès d’un public varié : Master M1 et M2, élèves ingénieur, Licence L1 et L3 et DUT .


Malheureusement et après plusieurs candidatures aux postes de maître de conférences dans différentes universités, je n’ai pas obtenu, à ce jour, ce poste tant espéré. Cela est dû en particulier à mon âge (plus que 50 ans) et au manque de postes d’enseignants-chercheur dans l’enseignement supérieur. Toujours dans le but d’une mobilité, valorisation et reconnaissance de mes diplômes et qualifications :

1 – Je me suis inscris au concours de recrutement d’IA-IPR. Mon inscription a été refusée au motif que ne suis pas professeur agrégé ou maître de conférences. Pourtant, j’ai deux certificats de qualification aux fonctions de maître de conférences ;

2 – J’ai demandé l’accès au corps des professeurs agrégés par vois de liste d’aptitude. Ma candidature n’a pas été retenue sans aucun motif ;

3 – J’ai demandé d’être formateur en informatique, intelligence artificielle et autres domaines scientifiques dans lesquels je possède des compétences. Aucune réponse.

Aujourd’hui, on considère fort peu les efforts en matière de formation disciplinaire, d’obtention de diplômes et l’élargissement des compétences pédagogiques. Cela me parait incompréhensible, surtout à l’heure où l’on encourage la mobilité dans l’éducation nationale. Par ailleurs un certifié docteur qualifié aux fonctions de maître de conférences ne jouit d’aucune reconnaissance ni d’aucune revalorisation du fait de ses titres universitaires.

Sur le plan strictement pédagogique, un enseignant-chercheur effectue un travail particulièrement profitable auprès des collégiens/lycéens futurs étudiants, comme auprès des étudiants anciens lycéens. Outre le fait qu’elle constitue une auto-formation permanente, la recherche nourrit indéniablement l’enseignement, le rend plus riche et plus précis, force à plus de rigueur intellectuelle. Un enseignant-chercheur ne s’éloigne pas de ses élèves, il s’en rapproche.

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Photo par Mika Baumeister sur Unsplash


C’est pourquoi, je propose :

1 – La reconnaissance des diplômes et des formations qualifiantes qui peuvent faire partie de l’évolution de carrière de l’enseignant ;

2 – Affecter en priorité les enseignants du second degré hautement diplômés dans l’enseignement supérieur en particulier à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (INSPE)

3 – Impliquer les enseignants dans la recherche et des formations universitaires afin de mettre à jour leurs connaissances ;

4 – Faciliter l’accès par liste d’aptitude ou par intégration à d’autres corps pour les enseignants de plus de 50 ans pour éviter l’usure liée au métier ;

5 – Donner un objectif concret à la formation continue et sa mise en adéquation avec le besoin.

Younès ABBASSI

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2 réponses

  1. Fabrice dit :

    Je me retrouve dans tes écrits. Aurais-tu des nouvelles « fraiches » sur ce sujet avec le « grenelle de l’éducation ».

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